Historique

De la « Belle Soissonnaise » à « Jad à Daj » : Cent ans de musique d’Harmonie à Imphy

L’orchestre d’harmonie voit réellement le jour dans la deuxième moitié du 18e siècle, les Gardes Françaises devant se doter d’un orchestre régimentaire moderne. Peu à peu il va se développer sous l’impulsion des facteurs d’instruments d’une part – voir l’apport d’Adolphe Sax – mais aussi, à partir de 1835, de l’expansion des Orphéons, sociétés chorales masculines.

Au début du 20e siècle, si les mouvements de jeunesse tant laïcs que cléricaux participent au développement des orchestres d’harmonie, nombre de ces sociétés musicales sont associées aux industries locales le plus souvent minières ou sidérurgiques. L’Harmonie Municipale d’Imphy participe de ce dernier mouvement.

Les premiers pas

En octobre 1912 une poignée de musiciens, sous l’impulsion de Lucien Gros, fondent L’Harmonie Municipale d’Imphy. Celle-ci sera dirigée jusqu’en 1938, nonobstant la parenthèse du premier conflit mondial, par M. Letailleur tandis que Lucien Gros prend la direction du Cercle Symphonique d’Imphy (1921 / 1928). En 1937, ce dernier devient directeur adjoint de l’harmonie. Les archives de l’époque et la mémoire collective font défaut pour appréhender cette période mais on est en

droit de penser que, à l’instar des harmonies de l’époque, le répertoire est essentiellement militaire : des marches que l’on jouait régulièrement et notamment au moment des défilés lors de diverses manifestations. La deuxième guerre mondiale interrompt bien évidemment l’activité de l’harmonie, une activité qui, comme pour l’ensemble des sociétés musicales de France, aura bien du mal à redémarrer au lendemain de la Libération. En effet, la reconstruction pèse terriblement sur les finances des communes qui ont légitimement d’autres préoccupations que l’aide aux activités artistiques. C’est donc dans ce contexte que Charles JOUANIQUE va reprendre la direction de l’harmonie d’Imphy, il avait succédé à M. Letailleur en 1938, harmonie qui ne compte plus qu’une vingtaine de musiciens.

Charles JOUANIQUE… 40 ans au service de l’harmonie

D’emblée, Charles Jouanique doit relever plusieurs défis. Il lui faut tout d’abord renforcer l’effectif, ce à quoi il parviendra à force de conviction auprès des plus hésitants, mais aussi par la formation des plus jeunes. Ce sera sans nul doute sa plus belle réussite, l’orchestre parvenant à réunir près de 70 musiciens au plus fort de la période. Il lui faut aussi replacer l’activité musicale au cœur des préoccupations imphycoises. La tâche n’est pas aisée car dans un environnement culturel plus concurrentiel, apparition des radios, des disques, et des nouveaux genres de musique – les orchestres d’harmonie intéressent moins et éprouvent quelques difficultés à renouveler leur image. Pire encore dans l’imaginaire du grand public, la musique d’harmonie est trop souvent associée à « une musique de mauvaise qualité, une musique militaire… ». Charles Jouanique, fort de l’appui de la population qui aime « sa musique », fait fi de ce contexte difficile et redonne une âme à l’harmonie municipale qu’il inscrit à divers concours ou manifestations, Gannat en 1948, Festival d’Imphy en 1950, Auxerre en 1951 puis Mâcon en 1956, ce qui permet à l’orchestre de gravir quelques échelons dans la hiérarchie musicale.

Les orchestres d’harmonie vont connaître une nouvelle impulsion durant les années 1970. Les écoles de musique se multiplient et concourent à la pratique de la musique amateur, des orchestres de haut niveau souvent appuyés sur les conservatoires drainent un large public, surtout de nouveaux compositeurs, Désiré Dondeyne .. enrichissent la palette des œuvres destinées à ce type de formation musicale alors que le répertoire s’ouvre à de nouvelles musiques, le jazz, la variété, la musique contemporaine…

Ces nouveaux cheminements musicaux, qui rencontrent par ailleurs un large succès aux Etats Unis, au Japon, en Corée mais aussi chez nos voisins européens, sont insuffisamment exploités par Charles Jouanique, et ses successeurs Daniel Aubert (1979-1982), Maurice Donnadieu (1982-1989), Bernard Masson (1989- 1991) et le répertoire de l’harmonie municipale d’Imphy reste encore trop cantonné aux œuvres classiques et aux transcriptions. Le refus d’appréhender ces nouvelles musiques explique sans doute le fait que seule une trentaine d’aficionados composent l’orchestre en 1992 bien loin des 70 musiciens de son âge d’or.

Un nouvel élan… pour un avenir prometteur

En 1992, l’Orchestre d’Harmonie de la Ville d’Imphy (OHVI) – ce changement de dénomination qui a eu lieu l’année précédente est sans doute annonciateur des bouleversements que va connaître l’orchestre – se dote d’un jeune chef de 22 ans Philippe Gateau. Issu de cet orchestre, élève de Maurice Donnadieu, il passera une année au Conservatoire de Nevers et se tournera rapidement vers la classe de tuba de François Poullot ( Tuba solo de la Musique de la Garde Républicaine ) au Conservatoire National de Région de Rueil-Malmaison où il obtiendra un Premier Prix, puis un Prix d’Excellence. Pour continuer son apprentissage il rentre au Conservatoire National de Région d’Aubervilliers-La Courneuve dans la classe de Bernard Liénard où il obtiendra aussi un Premier Prix de Saxhorn et suit en parallèle des cours de direction d’orchestre avec Scott Alan Prouty et Nicolas Brochot. Il obtient son Diplôme d’Etat de direction d’Orchestre d’Harmonie. Sa formation se terminera au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans la classe de Fernand Lelong ( Tuba solo de l’Orchestre de Paris ) où il sera lauréat en saxhorn, lecture à vue, formation Musicale, analyse et Musique de Chambre,en 1997. Philippe est également membre du quintette de Cuivres Orféo, lauréat du Concours International de cuivres de Passau ( Allemagne ) avec lequel il enchaîne les concerts et les tournées ( Japon, Italie,etc… ) et aura même l’honneur de jouer devant Benoît XVI au Vatican. Membre du quatuor de cuivres graves « AH ! les Gros », il participe à de nombreuses Master-Classe afin de faire connaître les cuivres graves.Il est actuellement professeur de tuba au Conservatoire de Nevers.

Directeur de l’orchestre, Philippe Gateau dirige également la nouvelle école de musique d’Imphy, bientôt école intercommunale du Fil de Loire qui prend le nom de Charles Jouanique. Véritable pépinière pour l’orchestre, l’école qui accueille aujourd’hui 146 élèves est organisée en 3 cycles avec 2 orchestres ce qui permet aux enfants d’apprendre très tôt à jouer avec les autres et d’intégrer rapidement l’orchestre d’harmonie.

Fort de sa jeune expérience et de son enthousiasme, Philippe Gateau va intégrer de nouveaux instruments dans l’orchestre renforçant notamment les percussions, claviers, xylophones, marimbas, vibraphones… comme l’ont fait nombre des meilleures harmonies de France vingt ans plus tôt. De même, il parvient à imposer un nouveau répertoire et ouvre de nouveaux horizons musicaux non seulement aux musiciens mais aussi à un public toujours plus nombreux. Ainsi, délaissant « la Belle Soissonnaise» et « Le Pays du Sourire » l’orchestre met à son programme bandes originales de films, jazz, musiques contemporaine « Jad à Daj » se rapprochant peu à peu de l’envergure d’un orchestre symphonique adapté au monde des vents. Cette nouvelle orientation s’avère rapidement fructueuse tant sur le plan quantitatif que qualitatif, car si l’orchestre d’harmonie de la ville d’Imphy voit ses effectifs doubler, il ne cesse de gravir les échelons de la hiérarchie musicale nationale amateur et se classe aujourd’hui en division d’Excellence ce qui en fait l’un des meilleurs orchestres du département.

Ces dernières années, pour le plus grand bonheur des musiciens et du public, Philippe Gateau s’est lancé un nouveau défi, celui d’associer des compositeurs (Éric Ewazen, Grégory Frelat, Thierry Deleruyelle, Liz van Deuq) mais aussi des grands solistes (Matthieu Romand, Bertrand Renaudin, Caroline Vanlathem) voire des orchestres de chambre (Quintette Impromptu) à l’orchestre d’harmonie de la ville d’Imphy créant ainsi un brassage entre deux mondes de la musique, les amateurs et les professionnels. Nul doute qu’il parviendra à gommer la frontière entre ces deux univers.

Richard Béraud, Président de l’OHVI

Sources : Les harmonies, au cœur de notre patrimoine musical Entretien avec Pierre Camier, chef de l’orchestre d’harmonie de Saint-Laurent Blangy.
http://www.harmonie-fsma.com/